Wissam Shami : de coach sportif à menuisier
Wissam Shami : de coach sportif à menuisier
Reconversion
Coach sportif originaire de Syrie, Wissam Shami a 30 ans lorsque la maladie bouleverse son parcours et le pousse à écouter sa voix intérieure. Il choisit de se former à la menuiserie.
Contraint de fuir la guerre en Syrie, Wissam Shami arrive en France à 20 ans où il obtient l'asile. Une association l'accompagne dans ses premiers pas : langue, logement, démarches administratives — et même pour prendre le métro, qu'il n'a jamais utilisé.
Il comprend vite que l'indépendance passe par un emploi. Après une première expérience dans la restauration, il suit une formation en alternance pour devenir animateur sportif. Il obtient un BPJEPS (Brevet professionnel de la jeunesse, de l'éducation populaire et du sport) et trouve un emploi de coach dans une salle de sport de Rennes.
Mais à 30 ans, Wissam apprend qu’il est atteint d’un cancer. « J’ai eu peur, mais ça m’a réveillé. La vie est courte, autant en faire quelque chose », confie-t-il. Sept mois de traitement, deux ans d’arrêt maladie : une parenthèse douloureuse qui l’oblige à revoir ses priorités. « Je me suis reconnecté à une voix intérieure que je n’écoutais plus », explique Wissam.
Il pense à ce qui le fait vibrer : la montagne. Il se souvient des étés passés chez sa grand-mère, dans un village de montagne syrien, des randonnées dans le nord du pays, et de sa découverte du Mont-Blanc, dans les Alpes.
Après avoir envisagé plusieurs pistes comme guide, garde forestier ou paysagiste, il choisit la menuiserie. « Je voulais bâtir quelque chose de mes mains », dit-il. Grâce à l’association Transitions Pro Bretagne, il obtient le financement de sa formation et le maintien de son salaire.
Je me suis reconnecté à une voix intérieure que je n’écoutais plus
Pendant neuf mois, il suit un CAP Menuisier fabricant, formation exigeante mêlant théorie, atelier et stages. « Je risquais parfois de m’endormir pendant les cours, j’étais épuisé, mais mes formateurs ont toujours été bienveillants. » Il apprend le nom des outils, des essences de bois, découvre la rigueur du geste. Sa persévérance paie : son CAP en poche, il trouve rapidement un poste stable dans la fonction publique.
Il rejoint l'équipe technique de la mairie de Saint-Jacques-de-la-Lande (35), où il entretient les bâtiments communaux : fenêtres, cloisons, mobilier scolaire des écoles et des gymnases... Il dispose d'un petit atelier bien équipé et d'un camion pour ses déplacements. L'ambiance est bienveillante, les journées variées. « Dans la fonction publique, c'est plus lent, mais c'est plus qualitatif. Notre but, c'est le service. Rendre service à la commune, aux gens. Cet état d'esprit me convient mieux aujourd'hui. »
Son regard reste pourtant tourné vers les sommets. Il se donne une date : 2028. Ce sera le moment de quitter la ville pour une vie plus simple à la montagne — une petite maison, un potager, de l'autonomie. Pour y parvenir, il continue à apprendre et à expérimenter. Un jour à la fois.
- En 2012, Wissam quitte la Syrie. Il obtient l'asile en France en 2013, où il est accueilli par l'association Coallia.
- Entre 2014 et 2016, il participe à un programme d'orientation professionnelle, notamment via le CLPS de Rennes. Il trouve un premier emploi en restauration.
- Entre 2018 et 2019, il prépare et valide un BPJEPS (Brevet professionnel de la jeunesse, de l'éducation populaire et du sport), en alternance, à l'école IBSA de Loudéac (22).
- Entre 2019 et 2021, il travaille comme coach sportif dans une salle de sport à Rennes.
- En 2022, Wissam est diagnostiqué d'un cancer. Dès la fin de son traitement, il démarre une formation de menuisier fabricant au Greta de Rennes, via un dispositif de Transitions Pro.